Au pays des roses turques (3)…

Publié le 15 Juin 2011

 

 

on distille les pétales à la vapeur d'eau en deux temps pour obtenir l'huile essentielle.

 

P1220108.jpgAlambic de cuivre à l'ancienne, il ne sert plus.

 

  Il existerait encore un ou deux vieux paysans distillant les roses à l'ancienne, dans un petit alambic de cuivre. Comme j'ai eu la grande chance de rencontrer par hasard sur place un érudit en  matière de distillation, je ne me  suis pas privée de le bombarder de questions.

 

 

La distillation à l'ancienne, telle qu'on la pratiquait jusque dans les années 60.

 

On verse dans un alambic de cuivre de l'eau de source et des roses fraîches (15kg de fleurs pour 45kg d'eau) et on chauffe au bois. La vapeur dégagée est condensée et recueillie; dès qu'on a distillé 8kg d'eau, ce qui prend environ trois heures, on arrète de façon à pouvoir rincer plus facilement la cuve de ses pétales.On recueille 20% d'huile essentielle, à ce stade, un liquide un peu épais et foncé. 

 

Puis on redistille l'eau chargée de molécules odorantes, trois heures à nouveau, pour  extraire le reste d'huile essentielle, un liquide bien plus pâle et fluide. On assemble les deux extractions successives au final.

 


Aujourd'hui

 

P1220111.jpgUne partie de l'appareil à distiller au premier plan et au fond, la provision fraiche de roses

 

Le processus reste le même, mais les appareils ont changé. Ils sont bien plus volumineux et  fabriqués en acier. On utilise 1300kg d'eau pour 700kg de roses.

On arrète la distillation à 500l d'eau. On recueille à ce stade une première fraction d'huile essentielle, -les molécules les plus lourdes sortent en premier-, dans un essencier, en veillant à conserver la température à 30° environ pour eviter que les paraffines présentes ne figent.

 

 

P1220114Le disque foncé au dessus de l'hydrolat est la fraction d'HE obtenue lors de la première distillation.

 

 

Puis on redistille dans un autre appareil pour extraire les molécules les plus légères de l'eau de rose encore saturée. Au final, on réunit les deux fractions successives d'HE comme on le faisait déjà avant.

On obtient 1 kg d'HE pour 4 tonnes de fleurs, mais il en faut parfois plus, jusqu'à 7 tonnes.

 

Le parfum d'une HE de rose turque


Elle devrait avoir une note de liqueur de griotte, légèrement sirupeuse. La nuance alcoolisée (jusqu'à 3% d'éthanol au final) fait la typicité de cette HE. (Les roses bio distillées auraient, elles, une note plus métal).


Pour obtenir cet accent alcoolisé, on laisse légèrement fermenter les roses fraiches en les conservant enfermées dans leur grand sac de cueillette matinale jusqu'à la distillation qui ne démarre qu'à 13 heures. En fait, ce sont les habitudes traditionnelles qui ont instauré cette façon d'agir. Quand il y avait trop de roses récoltées, elles devaient attendre leur tour de passage dans l'alambic, parfois très, sinon trop, longtemps… C'est ce qui est à l'origine de cette senteur particulière, aujourd'hui recherchée, et devenue la caractéristique de l'HE de rose turque.

 

 En Bulgarie en revanche (je n'y suis pas encore allée), on distille les fleurs dès 8 heures du matin, et le parfum obtenu est à la fois plus fruité et plus floral. Il a vraiment ma préférence. Je trouve l'HE turque nettement plus herbacée.

 

L'alcool présent dans l'HE la rend très légèrement soluble dans l'eau, à hauteur de 0,4g/litre.

 


Suite et fin de l'épisode des roses turques avec le prochain article consacré à l'absolue.

 


 

Rédigé par venezia

Publié dans #en balade… naturelle ou botanique

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cerise 24/06/2011 10:04



Merci Venezia pour ce merveilleux voyage !



venezia 24/06/2011 14:16







Mamapasta 19/06/2011 12:43



joli reportage, il ne manque qe l'odeur, mais j'ai appris plein de trucs



venezia 23/06/2011 22:44



ça viendra un jour, les écrans odorants…



Kat 19/06/2011 11:36



Passionnant de bout en bout....on de rose !



venezia 23/06/2011 22:45



Kat,


 


j'ai du l'écrire, ce sont les boutons très formés qui sont les plus riches en HE, mais ce n'est pas rentable de les cueillir très tôt



mlk 18/06/2011 18:08



Je vais revenir te lire et te dire , mais d'ores et déjà , ce reportage sur le terrain est passionnant et tu sais dénicher les bonnes "sources"


J'ai lu un magazine sur les huileries Vigean,  et lui aussi utilise les machines modernes, mais dit extraire une huile plus vivante des anciennes


Je crois avoir une rose "bulgare" de Az et suis certaine d'avoir ta rose turque, qui moi me plaît beaucoup


J'ai hâte d'être à la maison pour humer


La suite parce que c'est tout de même une belle part de rêve, là tout de suite



venezia 23/06/2011 22:49



je pense que pour une huile végétale, la question de l'oxydation est primordiale, les machines modernes doivent permettre une extraction rapide et peut être sans trop chauffer



Loulou 17/06/2011 15:20



Je veeeeeeeeeux lire la suite... Ton article est passionnant. Merci infiniment pour ce partage!



venezia 23/06/2011 22:51



mission accomplie, Loulou



Irene 16/06/2011 18:48



Merci de ce fort pasionnant reportage illustré ...


 


Voilà donc la raison de la différence entre les odeurs des roses turques et bulgares. Il en faut pour tous les nez mais il est vrai que je préfère également la rose bulgare.


 


Crois tu que la différence entre les "alambics" joue un rôle ?


 


Merci.



venezia 23/06/2011 22:53



Il y a la question de la matière de l'alambic et aussi celui de sa taille; avec un petit alambic, on devait probablement dsitiller plus vite après la cuillette, donc avec moins d'oxydation.



Ka Fée 16/06/2011 18:22



C'est passionnant, j'attends la suite avec impatience.



venezia 23/06/2011 22:54



C'est fait, Ka féee. je réponds aux commentaires avec du retard, car j'ai un mois de juin très rempli



ariaga 16/06/2011 17:01



Merveilleux le parfum de la rose. Je dois dire que j'ignorais tout cela quand j'achetais mon parfum  : Sa Majesté la Rose de serge Luytens . Je fais une piètre alchimiste !



venezia 23/06/2011 22:56



Merci Ariaga l'alchimiste des mots



Lippia 16/06/2011 16:01



Tes écrits sont toujours aussi passionnants! Merci pour le voyage!


Je suis entièrement de ton avis quand à la différence d'odeur selon la provenance. Quand je suivais le cours d'aroma il y a pas mal d'années maintenant, on a fait passer une 1ère série
de mouillettes d'HE de rose puis passage d'une 2ème série et là mon commentaire a fusé, très spontanément, je dois le dire et a bien fait rire tout le monde: "oups ça sent pas
la rose ça!" C'était de l'huile essentielle de rose origine Turquie et ça n'avait franchement rien à voir avec
la précédente qui avait une odeur plus fine, plus subtile et plus florale qui était de l'HE de roses de Bulgarie.


Par ailleurs je me pose une autre question, je me demande si la qualité des hydrolats issus d'une distillation en alambic de cuivre n'est pas supérieure au niveau conservation. L'alambic libérant
une infime quantité de Cu (bactéricide notamment et peut être fongicide?) permettrait une meilleure conservation des hydrolats? Tu en penses quoi?



venezia 23/06/2011 22:59



Lippia,


 


je trouve très interessante ta remarque sur les alambics de cuivre dont le matériau joue sans aucun doute… pour les hydrolats, ce qui me emble primordial aussi, c'est la quantité de plantes
distillées.



Colchique 16/06/2011 13:39



Venezia, très intéressant cet article sur la distillation des pétales de roses.



venezia 23/06/2011 22:57



Merci Colchique pour ton message