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Des plantes au parfum, des voyages, des inspirations culinaires ou botaniques

Sumatra 1: Palembang

un très beau site à Sumatra où il reste encore quelques traces archéologiques du royaume disparu de Sriwajaya

un très beau site à Sumatra où il reste encore quelques traces archéologiques du royaume disparu de Sriwajaya

Juin 2007

Si le bout du monde existe, il doit se situer quelque part dans le sud de Sumatra. La quête du poivre nous avait conduit sur cette île immense. En trois semaines de séjour, nous n’aurons rencontré que trois touristes blancs à l'aéroport, à notre retour vers Djakarta. Ce voyage étrange et fascinant s'est fait en apesanteur. Pas d'histoire, pas de récits, pas de guides, un parcours en totale liberté d'improvisation. Avec un sentiment aigu, l'émotion qui accompagne les moments où tout peut arriver. La bonne surprise ce furent les habitants, des Malaisiens, des Chinois qui ne semblaient avoir qu'un passeport, le sourire. Sumatra appartient à la constellation d'îles s'égrenant sur plusieurs milliers de kilomètres et qui constituent l'Indonésie.

L'arrivée se fait à Palembang, ville de plaine, active et besogneuse qui rassemble toutes les contradictions d'une Asie faisant exploser ses coutures. D'un côté, la vie traditionnelle anime un fleuve immense, avec des bateaux par centaines, des marchés colorés et misérables, des bas quartiers où la pauvreté côtoie et infiltre un habitat moderne. De l'autre, une ville pimpante et étincelante, qui rutile et se jette à corps perdu dans la consommation. L'hôtel Novotel n'a pas dix ans et le premier supermarché a fait la une des journaux. Métropole régionale étrange et fascinante, comme suspendue dans le temps.

L'histoire et l'aventure du sud de Sumatra se trouvent dans les bibliothèques. Au VIIème siècle, Palembang était la capitale du royaume indien bouddhique de Sriwijaya. Epoque fastueuse qui a marqué l'histoire d'un pays qui ne s'appelait pas l'Indonésie. Vivant du commerce, du poivre notamment, et du contrôle du détroit de Malacca, ce royaume étendra sa puissance à Java, en Malaisie, à Bornéo et jusqu'aux Philippines. Au XIIème siècle, tout bascule et s'effondre. Le royaume de Sriwijaya disparaît de la carte et des mémoires. Il n'en reste rien sinon quelques inscriptions et de rares statues de Bouddha et de divinités indiennes. C'est Georges Coedès, archéologue français de l'Ecole Française d'Extrême-Orient, qui le ressuscita en 1918.

Le poivre disparut dans la tourmente de l'éclatement du royaume au cours du XIIème siècle. Il réapparut au XVIIème siècle quand les Anglais se sont arrêtés à Bengkulu sur la côte sud ouest de Sumatra et qu'ils reprirent la culture de l'épice. Ils construisirent un fort, aménagèrent un port et entamèrent le commerce du poivre. Climat équatorial pluvieux impossible, malaria, … la colonie fut décimée, elle agonisa. Les Hollandais prirent le relais comme le raconte E.M. Jacobs dans son livre The Trade of Dutch India Company during the eighteenth century. En 1642, la compagnie signe un accord avec le sultan de Palembang. Elle obtient l'exclusivité du commerce y compris celui de l'opium. Très vite,  les Hollandais parviendront à rassembler 5 millions de livres de poivre par an. Récoltée dans les campagnes, l'épice est payée en réaux espagnols. Elle rejoint le port de Batavia dans l'île de Java à bord des bateaux du sultan avant de voguer vers l'Europe et Amsterdam dans les cales des navires de la Compagnie.

 

Michel dans une plantation de poivre à Bangka

Muntok white pepper: le nom connu des amateurs de poivre donnait une idée du chemin à suivre. Muntok est le port principal de Bangka, île à la dérive à quelques encablures de la côte est de Sumatra. Son histoire raconte qu'elle a toujours été au cœur de la course aux épices. Elle fut cédée en 1812 aux Anglais par le sultan de Palembang. Ils l'échangèrent deux ans plus tard aux Hollandais contre le port de Cochin dans le Kérala. Nous nous retrouvons donc un petit matin sur les quais de Palembang. Des bâtiments relativement modernes, des voyageurs par centaines, un service d'ordre qui a renoncé… il règne un gigantesque foutoir sur les berges de la rivière Musi. Charger un bateau en Indonésie répond à une règle intangible : entasser le plus de passagers possible et faire entrer le maximum de colis. Le ferry pour Bangka apparaît en assez bon état, deux ponts et cette forme ventrue des embarcations fluviales. Les sièges sont déjà occupés et pourtant des gens n'en finissent pas de monter à bord. Bientôt, ils ne pourront plus bouger, les rares endroits libres sont vite occupés par des cartons condamnant les portes d'évacuation pour l'ensemble des passagers. En cas de problème, il serait impossible de sortir, le bateau se ferait cercueil. Ne pas chercher plus loin l'origine des statistiques épouvantables des naufrages indonésiens.

Lentement, l'embarcation surchargée descend la Musi, large fleuve aux eaux limoneuses qui coule avec paresse. Passant devant une zone industrielle, il fait son chemin sur une terre basse et humide couverte de forêts et finit par rejoindre la mer. Petit à petit, les eaux changent de couleur. La mer est devenue opaque, d'un jaune clair étrange. Une teinte symbole du destin de Bangka. Au XVIIIème siècle, l'île était en effet un des plus gros producteur d'étain dans le monde. Avec le temps, les réserves s'épuisèrent et les mineurs se sont mis à chercher le minerai sous l'eau. Une armada de petites embarcations ceinture toujours l'île en pompant le sol, créant une turbidité permanente. Avec ses paysages somptueux et ses plages de rêve, Bangka était un temps devenue le refuge des habitants de Singapour. Aujourd'hui, les hôtels et les resorts sont vides et les très rares clients de passage peuvent négocier le prix de leur chambre à leur avantage.

 Ce n'est qu'au début du XVIIIème siècle que l'étain de Bangka fut vraiment exploité après une formidable explosion de la demande venue de Chine. Les fidèles avaient pris l'habitude de brûler des feuilles d'étain pour célébrer les dieux lors des cérémonies religieuses. Dans le même temps, ce métal devint une monnaie d'échange capable de concurrencer l'argent. Ce changement dans l'économie insulaire relégua le poivre au second plan. Les planteurs n'étaient plus obligés de vendre leur récolte aux agents du sultan de Palembang qui le cédaient ensuite aux Hollandais. Ils préféraient le proposer aux Anglais sur la côte ouest, car ces derniers payaient plus cher. Le marché se désorganisa, le prix du poivre chuta et les paysans se détournèrent de l'épice. Changement important, en quelques années, les Hollandais perdirent leur position de leader sur le marché mondial du poivre

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